V.W. Une chambre à soi

Mise en scène, adaptation traduction : Marie-Paule Ramo
Interprétation, co-adaptation  : Nathalie Prokhoris

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Durée : 1 h 10
Blog  du spectacle : http://www.vwunechambreasoi.fr
Dossier de présentation
Virginia Woolf en quelques dates

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Virginia Woolf, une rencontre

Il est de certains auteurs comme de certaines amitiés : la rencontre a lieu et l’horizon alors s’ouvre sur d’autres espaces, d’autres chemins… intérieurs. Virginia Woolf  fait partie pour moi de ces auteurs. Elle révèle, bouscule, pousse en avant, incite à voir plus loin, plus profond.

Après avoir interprété Une chambre à soi au Festival d’Avignon Off 2011 puis à Clermont-Ferrand, des vents contraires ont soufflé sur le projet initial que j’ai dû quitter. Néanmoins j’ai décidé de poursuivre le voyage, avec Virginia Woolf et avec Une chambre à soi, mais dans une autre adaptation, une autre traduction, une autre mise en scène.

A la faveur de cette nouvelle orientation, et au fil du travail d’adaptation, réalisé en duo avec Marie-Paule Ramo, nous sommes revenues aux sources, avons relu Virginia Woolf – romans, Journal, nouvelles – questionné ce texte sans relâche, pour en arriver à reconsidérer radicalement l’angle d’approche.

Plonger ainsi dans l’écriture de Virginia Woolf jusqu’à saisir à pleines mains la matière texte comme on pétrit de la terre glaise ou une pâte à pain, permet d’en connaître la texture véritable, d’approcher de ce que j’appellerais le « secret de fabrication ». Et Virginia,  comme penchée par-dessus  notre épaule  n’a eu de cesse de nous indiquer la voie, de nous fournir des indices pour accéder à son univers, à son écriture. Sa présence bienveillante et facétieuse nous a constamment accompagnées, et il m’a semblé par instants en effet que nous entrions –  avec quelle jubilation alors !– dans les labyrinthes de sa pensée.

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Virginia Woolf et Une chambre à soi

Romancière, essayiste, nouvelliste, critique littéraire, éditrice, Virginia Woolf est une artiste accomplie lorsque paraît Une chambre à soi, en 1929, essai rédigé à partir de deux conférences données un an plus tôt dans un collège de jeunes filles à Cambridge. Elle a 47 ans, une notoriété solidement établie en tant que pionnière  – ou précurseur… mais ce substantif n’a pas de féminin ! – d’une approche novatrice du roman, qu’elle révolutionne, avec  Mrs Dalloway (1925) notamment, La Promenade au phare (1927), Orlando (1928),  et ceux qui suivront.

C’est précisément d’écriture romanesque dont il est question dans Une chambre à soi, que l’on a souvent réduit à un seul manifeste féministe. Si le ton féministe n’échappe à personne, si la posture de Virginia Woolf est indéniablement penchée du côté de la défense de ses congénères et si elle dénonce avec vigueur les effets désastreux  d’une société patriarcale sur la vie des femmes, s’appuyant sur l’Histoire pour étayer ses propos, elle ne perd jamais de vue son sujet.

Ce sujet, quel est-il ? « Les femmes et le roman ». Une fois posés les termes de son équation, et après quelques précautions oratoires Virginia Woolf nous invite à la suivre dans le cheminement de sa pensée. Avec un sens  théâtral intuitif et sûr, elle se met en scène dans un va-et-vient habile et incessant entre fiction et réel, s’emparant des outils mêmes de la fiction pour nous dire ce qu’est un roman.  Une chambre à soi, à n’en pas douter, est une formidable démonstration par l’exemple. Virginia Woolf avance, caracole et quand nous croyons la voir s’éloigner, emportée par une digression, c’est là qu’elle est au plus près de son sujet.